
À
TRAVERS
LA
COULEUR
PAR Kassia St Clair

Depuis le tournant du millénaire, notre manière d’appréhender la couleur, sur les plans intellectuel, émotionnel et culturel, a profondément évolué. L’historienne et écrivaine Kassia St Clair remonte le fil des civilisations et se projette vers un futur encore inconnu pour en explorer la science et la magie.
VERS LA FIN de l’année 2024, je découvris une œuvre qui me cloua sur place. Prosaïquement nommée JK 2116E, elle se composait de rouleaux de papier, étroitement enroulés à l’aide d’un tour de potier modifié, compressés en forme oblongue et arrangés en carré. L’artiste coréen Jae Ko réalise des sculptures comme celle-ci depuis les années 90. Généralement fabriqués à partir de papier recyclé et organisés en spirales sinueuses évoquant des formes organiques – les nervures d’un arbre, des coquilles d’huîtres ou de cosses de graines – les rouleaux sont plongés par Jae Ko dans de l’eau ou de l’encre de calligraphie sumi avant d’être laissés à sécher pendant des semaines. Une grande partie de l’œuvre de Ko est saisissante, mais ce qui m’a particulièrement frappé dans JK 2116E, c’est son éclat. L’ensemble était imprégné d’un bleu lapis saturé et profond. Historienne et écrivaine attentive à la couleur, je réfléchis depuis longtemps à l’évolution de sa compréhension intellectuelle, émotionnelle et culturelle. Quelque chose dans cette œuvre a laissé une empreinte en moi, et je n’ai pas cessé d’y penser depuis.
Depuis le tournant du millénaire, notre manière d’appréhender et de « comprendre » la couleur a profondément évolué. Aujourd’hui, presque tous les habitants de la planète sont exposés à des couleurs plus vives et plus fréquentes qu’à aucun autre moment de l’histoire. D’un côté, cette exposition accrue fait de nous des observateurs plus exigeants et des connaisseurs plus éloquents en matière de couleur, curieux de ses effets psychologiques et émotionnels. De l’autre, comme le souligne Thomas du Pré de Saint Maur, Directeur Général des Ressources Créatives Parfums Beauté chez Chanel, notre expérience quotidienne est devenue si saturée de couleurs que nous risquons une forme de « pollution créative ». Il devient alors plus difficile, explique-t-il, de se démarquer et de créer ces « récits communs qui sont fondamentaux pour la société humaine ».
DES TEINTES D’EXCEPTION
Pour la plus grande partie de notre existence, les couleurs — vives en particulier — ont été rares, des biens de luxe préservés jalousement, à l’image de l’or et de la soie. Les nuances que nos ancêtres connaissaient le mieux étaient celles de la nature : le ciel, les plantes qui poussaient, fleurissaient et donnaient des fruits, ainsi que les quelques pigments que l’on pouvait extraire de la terre. Les noirs provenaient des braises du foyer ; les blancs, de la craie ; les rouges et les marrons, de sols riches en oxyde de fer. Que nous ayons toujours eu une affinité avec les couleurs vives ne fait aucun doute. Les plus anciennes fibres humaines connues, datant d’il y a 34 000 ans, étaient teintes dans une large palette de tons — turquoise, brun, noir, jaune et même rose. Des pigments rouges, comme les ocres et le cinabre, faisaient l’objet d’échanges, étaient étalés sur les parois des grottes et répandus sur les sites funéraires de diverses communautés préhistoriques à travers le monde. En 1980, un anthropologue alla jusqu’à affirmer que l’usage de l’ocre constituait l’une des « deux traditions significatives de l’évolution humaine »; l’autre étant la fabrication d’outils.
En tant qu’espèce, nous avons œuvré sans relâche pour accéder à des couleurs toujours plus éclatantes. Les Phéniciens et les Romains sillonnaient toute la Méditerranée à la recherche de mollusques dont on pouvait extraire un rouge-violet éclatant, connu comme rouge de Tyr ou pourpre impérial. En Mésoamérique, on récoltait les Dactylopius coccus — ou cochenilles — sur les cactus afin de produire un colorant rouge vif. En Chine continentale, des carreaux de porcelaine d’un jaune orangé lumineux obtenus grâce à des glaçures au plomb et au fer, étaient exclusivement réservés aux toitures des demeures impériales de la dynastie Ming. Dans l’Égypte ancienne et en Mésopotamie, on réalisait des fards à paupière à partir de minéraux comme la malachite verte, la galène gris foncé et les ocres rouges. Les élites chinoises commencèrent à porter du vernis à ongle dès 3000 ans av. J.-C., en utilisant des fleurs comme colorants ; vers 600 av. J.-C., les vernis dorés et argentés furent réservés à la royauté, les rouges et les noirs aux dirigeants de rang inférieur, et interdits au reste de la population. En Chine continentale, la lèvre idéale, longtemps plus réduite que la bouche naturelle, impliquait l’utilisation de poudre blanche et de vermillon.
Aujourd’hui, le paysage chromatique a changé au point d’en être méconnaissable. Sa compréhension, en partie grâce aux travaux de penseurs comme Isaac Newton ou Johann Wolfgang von Goethe, a explosé. La plupart des individus sont désormais familiers, avant même la fin de leur scolarité, avec des notions telles que les couleurs primaires et complémentaires ou les cercles chromatiques — des concepts qui, en leur temps, ont contribué à révolutionner l’art et notre compréhension des sens. Les avancées de la chimie au XIXe siècle, qui ont élargi les palettes des artistes, des teinturiers et des cosmétologues, ainsi que le développement de fibres synthétiques au cours du XXe siècle, ont rendu possible une production chromatique massive.

D’innombrables nuances et teintes de peinture devinrent accessibles en nombre, conditionnées en boîtes et en tubes. Les produits cosmétiques se trouvent aujourd’hui à tous les prix et dans toutes teintes. Depuis le boom consumériste des années 1960, la couleur est devenue une partie vitale et significative de la vie urbaine : nous sommes bombardés de sources qui se font les passeurs d’images brillantes et éclatantes de couleurs. Des images qui, à leur tour, façonnent nos conceptions de la beauté. Nombre d’entre nous commencent chaque journée en imaginant leur propre visage comme une toile, utilisant une palette de couleurs, de textures et de matières de façon tour à tour ludique et rituelle.
À mesure que la gamme de couleurs s’est élargie, les méthodes visant à les cataloguer et à les cartographier ont dû évoluer de concert. L’une des toutes premières tentatives remonte à 1692 : celle d’un artiste néerlandais nommé A. Boogert, qui réalisa un volume réunissant environ 800 échantillons peints à la main. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises proposent des services d’harmonisation et de catalogage des couleurs. Pantone répertorie plus de 15 000 teintes, tons et nuances sur sa plateforme numérique. Face à cette profusion, la sélection et la composition de palettes sont devenues un art à part entière. Chanel s’appuie ainsi sur cinq couleurs clés, inscrites dans l’ADN de la maison et auxquelles elle revient inlassablement : le noir, le blanc, le beige, l’or et le rouge — chacune porteuse d’un message singulier. Réinventer le noir, associé au début du XXe siècle aux domestiques et au deuil, pour en faire une couleur chic et désirable, constitua un geste audacieux et radical de la part de Gabrielle Chanel. Ce même esprit continue d’animer celles et ceux qui y travaillent aujourd’hui. Nathalie Lasnet, Directrice du Studio de Création Maquillage Chanel, m’explique ainsi qu’« il est essentiel de renouveler nos rouges, nos roses, nos beiges, et ainsi de suite, car le rouge qui est à la mode aujourd’hui n’est pas celui qui sera dans l’air du temps demain. Chez Chanel, nous voulons proposer de nouvelles nuances ou palettes qui correspondent au moment présent et aux désirs des femmes qui les portent. »
Maquillage de l’esprit
En tant qu’espèce, les humains sont indéniablement visuels. On estime que 30 à 50 % de notre cerveau est consacré au traitement des informations visuelles. Ce travail s’effectue, de surcroît, à une vitesse exceptionnelle : selon des neuroscientifiques du MIT, il peut suffire de 13 millisecondes pour analyser une image dans son ensemble. Notre connaissance du rôle et de l’importance de la couleur pour le cerveau humain demeure en constante mutation : elle est toujours débattue et susceptible de déstabiliser la communauté scientifique. Des études ont ainsi montré que, bien que les photorécepteurs humains soient particulièrement sensibles à la partie du spectre visible que nous percevons comme le vert, nous trouvons paradoxalement les objets verts moins mémorables que ceux de couleur rouge, jaune ou bleue. L’hypothèse avancée est que notre cerveau, programmé de longue date, s’attend à évoluer dans un environnement largement dominé par la végétation. Les neuroscientifiques estiment également avoir récemment apporté une réponse à la question séculaire de savoir si nous percevons tous les couleurs de la même manière. Des imageries cérébrales réalisées pendant que des participants observaient différentes couleurs ont mis en évidence l’existence d’un codage neuronal universel de la couleur.
L’un des domaines aujourd’hui étudiés est celui de la synesthésie. Un peu moins de 5 % de la population est concernée par ses effets, qui sont généralement décrits comme une superposition ou un brouillage des sens. S’il est exact que certains synesthètes perçoivent les lettres ou les sons comme étant dotés d’une couleur particulière, d’autres font l’expérience de phénomènes qui ne relèvent pas directement des sens. La couleur demeure néanmoins l’expression la plus courante de la synesthésie. Les personnes concernées pouvant associer des teintes à de multiples formes, allant des chiffres aux saveurs ou aux sons. Le romancier russo-américain Vladimir Nabokov, synesthète graphème-couleur pour qui les lettres avaient des teintes distinctes, a décrit en détail son expérience de l’alphabet entier : « La pomme verte du p, et le pistache du t. Un vert terne, mêlé d’une certaine manière au violet, c’est le mieux que je puisse faire pour le w... » Dotés d’une telle sensibilité, les synesthètes ont peut-être contribué bien plus à l’art, au design et à la littérature que leur nombre relativement faible ne le laisse supposer.
Cette explication pourrait également se trouver au cœur d’autres phénomènes liés à la couleur et aux neurosciences. Des recherches suggèrent qu’une certaine forme de dialogue entre les sens est commune à tous. Charles Spence, psychologue et directeur du laboratoire de recherche crossmodale à l’Université d’Oxford, a ainsi montré qu’un chocolat chaud servi dans une tasse orange est systématiquement jugé meilleur que le même breuvage servi dans une tasse blanche ou rouge. Les boissons servies dans des tasses roses sont perçues comme plus sucrées, et celles dans des tasses bleues, plus désaltérantes. Les premières études ont commencé à émerger dans les années 1970, lorsqu’il est apparu que la majorité des individus associent spontanément le blanc à la salinité, le rouge et le rose à la douceur, le noir à l’amertume, et le jaune à l’acidité.

De manière similaire, les scientifiques ont montré que nous sommes naturellement enclins à trouver certaines caractéristiques physiques attrayantes. Quant aux objets, des tests ont démontré que les couleurs claires sont spontanément jugées plus douces et plus confortables. Ce qui demeure difficile à évaluer, en revanche, c’est la part respective du conditionnement social et des attentes culturelles, par rapport à celle d’un sens inné de la couleur, dans l’établissement de ces associations. Par exemple, la plupart des gens associeraient encore aujourd’hui le rose à la féminité et le bleu à la masculinité, sans se rendre compte que cette symbolique fut longtemps inversée. Que ces présupposés soient d’origine biologique ou non importe sans doute moins que le fait même qu’ils existent. Quels autres schémas des chercheurs, s’appuyant sur des modèles de langage fondés sur l’IA pour analyser nos comportements, pourraient-ils encore mettre au jour ? Il est possible que des preuves plus définitives viennent confirmer ce que l’on soupçonne depuis longtemps : si certaines nuances ou teintes séduisent, d’autres provoquent.
Si de telles formules venaient à être établies, comment ces informations seraient-elles utilisées ? Les créateurs de contenu pourraient-ils devenir encore plus efficaces s’ils disposaient de données précises sur les combinaisons de teintes que le cerveau humain trouve instinctivement séduisantes, inquiétantes ou intrigantes ? Nous pourrions alors développer une compréhension plus fine de la beauté intrinsèque d’un regard sombre et charbonneux, de lèvres écarlates, d’un teint lumineux. Ou bien accéder à une lecture plus subtile de la manière dont certaines nuances et textures interagissent avec les sous-tons ou la couleur de cheveux. Cela pourrait, à son tour, transformer en profondeur la façon dont nous nous présentons au monde, ainsi que les couleurs vers lesquelles nous nous sentons naturellement attirés.
Couleur future
Aujourd’hui, la couleur pénètre les mondes réels et virtuels avec une intensité équivalente. Les technologies ont connu des avancées fulgurantes, offrant des couleurs toujours plus audacieuses, plus lumineuses et plus saturées. Les téléviseurs haute définition, dotés d’une résolution d’image sans précédent, sont devenus largement accessibles dans les années 1990 et 2000. Les écrans OLED, qui permettent une saturation et un contraste accrus, se sont progressivement imposés depuis le tournant du millénaire. Quant à l’encre électronique utilisée par les liseuses, elle existe désormais en version couleur.
L’évolution des technologies exerce un impact sans précédent, si bien que les limites matérielles sont constamment repoussées. Les scientifiques mettent au point de nouveaux pigments et des médiums toujours plus performants. Mas Subramanian, chercheur à l’Oregon State University, dirigeait ainsi l’équipe qui créa en 2009 le YInMn Blue, le premier nouveau pigment bleu découvert depuis plus de deux siècles, et poursuit aujourd’hui ses travaux afin de développer des pigments rouges résistants à la lumière, stables et non toxiques. Parallèlement, d’autres chercheurs s’intéressent à la couleur structurelle. Celle-ci repose sur des structures infimes — à l’échelle microscopique ou nanoscopique — qui interagissent avec la lumière et la dévient pour produire la couleur. Ce phénomène est omniprésent dans la nature. Songez, par exemple, au bleu irisé des plumes de paon ou aux ailes du papillon morpho. Si ces structures pouvaient être reproduites ou imitées à grande échelle, elles pourraient un jour ajouter de nouvelles dimensions chromatiques au monde qui nous entoure.
Pour l’instant, même si nous avons l’impression de disposer d’un choix presque illimité, d’innombrables défis subsistent. Les murs doivent pouvoir être peints sans dégager de vapeurs nocives ; les rouges à lèvres offrir une glisse parfaite ; les textiles être teints sans provoquer de dommages environnementaux. Les matériaux et les composés chimiques communément utilisés présentent des limites : ils peuvent s’avérer toxiques, contenir des impuretés, se dégrader lorsqu’ils sont exposés à la lumière ou à la chaleur… Les colorants employés pour le papier ne sont pas nécessairement adaptés à l’automobile. Et si certains tissus, comme le velours ou la soie, réfléchissent la lumière, les textiles peuvent rarement être véritablement réfléchissants tout en demeurant confortables et portables.
Dans les univers numériques, ces contraintes n’ont plus lieu d’être. Rien n’empêche le fard d’un avatar d’être aussi réfléchissant que du chrome et d’arborer une teinte proche de celle de l’écorce d’un citron d’Amalfi. Et tandis que, dans le monde réel, les roses bleues ont longtemps été le symbole de l’impossible — aucun rosiériste n’étant jamais parvenu à en cultiver — les jardiniers numériques peuvent désormais les « faire pousser » dans toutes les nuances, du céruléen au bleu marine.
La technologie transforme également en profondeur notre rapport à la couleur dans le domaine de l’art. Dans le champ de la restauration artistique, les institutions rendent désormais leurs processus « transparents », ouvrant les portes des pratiques de conservation. La Ronde de nuit, chef-d’œuvre de Rembrandt peint en 1642, fait actuellement, et depuis 2019, l’objet d’une restauration menée en direct et à la main dans une galerie du Rijksmuseum d’Amsterdam, à l’issue de plusieurs années de recherches ayant mobilisé l’imagerie numérique, l’analyse chimique et l’intelligence artificielle afin de mieux comprendre le vieillissement de l’œuvre et de ses pigments. Parallèlement, d’autres institutions expérimentent des méthodes de restauration entièrement nouvelles et moins invasives. En 2014, les Harvard Art Museums ont procédé à la restauration numérique de cinq toiles monumentales de Mark Rothko à l’aide de projections lumineuses spécialisées. Projetées directement sur les œuvres, celles-ci ont permis de remonter le temps, faisant apparaître les tableaux tels que Rothko — maître absolu de la couleur et de la tonalité — les avait imaginés dans les années 1960, effaçant visuellement des décennies d’usure et de dommages causés par la lumière.
La technologie pourrait aussi permettre d’étendre la part du champ électromagnétique que l’œil humain est capable d’interpréter comme de la couleur. En avril 2025, des scientifiques des universités de Berkeley et de Washington ont déclaré avoir découvert une couleur qu’aucun humain n’avait vue auparavant et créée en projetant des lasers dans la rétine des sujets afin de stimuler directement leurs cellules. Les sujets testés ont apparemment observé une nuance de bleu-vert, baptisée « olo » par les scientifiques, qui était plus intensément saturée que tout ce qu’ils avaient vu auparavant. Les recherches laissent ouverte la possibilité que d’autres couleurs insondables puissent être produites lorsque nos cellules coniques sont stimulées.
Si la période actuelle est marquée de profonds bouleversements et de transformations, à quoi pourrait ressembler l’avenir ? Exposés à un déluge presque constant de couleurs, certains commencent à évoquer une forme de lassitude. Cela pourrait conduire à rationner volontairement la couleur, à l’employer avec davantage de retenue, d’intention et de sens artistique. Jane Boddy, consultante en tendances et membre du Pantone Color Institute, soutient que « dans un monde en perpétuel mouvement, parfois étourdissant, la couleur peut être mobilisée pour répondre à des besoins émotionnels, en offrant des moments de calme, de résilience et de joie ». Thomas du Pré de Saint Maur partage ce point de vue, tout en réaffirmant la puissance inspirante de la couleur. « Mon inspiration vient de ce sur quoi se posent mes yeux. Cela peut être un tableau, le maquillage porté par un garçon ou une fille dans la rue… Il s’agit de ce qui capte mon attention. Pourquoi est-ce que cela m’arrête ? » Je le rejoins : la couleur exerce un pouvoir indéniable. Ce qui retient l’attention de chacun peut être influencé par les neurosciences ou par la technologie, mais relève tout aussi bien, peut-être plus encore, de l’intime, de l’émotionnel, de cette étincelle insaisissable de magie que la couleur, seule, est capable de susciter. Pour ma part, parmi la myriade de teintes croisées ces dernières années, c’est le lapis brut de l’œuvre de Jae Ko qui a su capturer à la fois mon esprit et mon cœur.
